Histoire des Arts Divinatoires

histoire des arts divinatoires DEVINS ET VOYANTS
Nos ancêtres Grecs, Romains, Sumériens ou Celtes, considéraient la divination comme une relation privilégiée de certains hommes avec la divinité . Le dieu les avait choisis , et c'est par leur bouche qu'il rendait ses oracles.

Dans l'antiquité grecque, Mantiké Techné signifiait : Art Prophétique. Toute personne qui prédisait l'avenir ( mantis, issu de la racine mainomaï) était prise de délire ou , plus exactement, était mise hors d'elle-même au sens propre par la divinité. Les hommes ne pensaient être que le vecteur du dieu ; aujourd'hui on dirait qu'ils laissaient leur inconscient s'exprimer. L'art de la divination était plutôt l'apanage des femmes . Dans l'Angiquité, on faisait cas de leur intuition et l'on pensait que, étant plus proches de la vie, elles étaient en relation avec la mort, donc avec les Mystères. Pour les Anciens, le Principe Féminin était créateur de vie, mais surtout révélateur du divin dans l'homme. Cela explique que les déesses mères aient été adorées et que les hommes aient considéré comme une grâce le fait d'être initiés à leurs mystères.


PYTHIES, ORACLES ET SIBYLLES
Dans l'antiquité, on reconnaissait d'une part la divination inspirée et, d'autre part, la divination par les signes, dite inductive. L'oracle de Delphes est certainement l'exemple le plus connu de divination inspirée.Ecoutons ce qu'en a dit Plutarque, qui fut lui-même, prêtre officiant lors du rituel précédant la vision de la Pythie :

La PYTHIE sort d'une des familles les plus honnêtes et les plus respectables qui soient ici, et elle a toujours mené une vie irréprochable. Mais élevée dans la maison de pauvres paysans, elle n'apporte avec elle, en descendant dans le lieu prophétique, aucune parcelle d'art ou de quelque connaissance ou talent. Comme la jeune épouse, selon Xénophon, doit n'avoir rien vu, rien entendu jusqu'à ce qu'elle entre chez son mari, de même l'inexpérience et l'ignorance de la Pythie sont à peu près totales, et c'est vraiment avec une âme vierge qu'elle s'approche du dieu. »

On sait que c'est en partie cette nécessaire virginité de l'esprit et du corps qui conduisait à choisir des enfants comme oracles.

Le rituel de l'oracle d'Apollon est bien connu. La Pythie se dirigeait avec les prêtres vers le lieu oraculaire, le manteion. D'après les textes4, c'était une belle souterraine contenant des objets précieux et mystiques, comme la statue en or d'Apollon. Un trépied était placé sur une ouverture dans la terre, d'où se serait échappé le souffle surnaturel, le pneuma delphique. Assise sur le trépied, la Pythie aurait été toute pénétrée de cette vapeur qui la faisait entrer en transes. Elle prononçait alors des paroles incohérentes et entrecoupés de cris , qui étaient « traduites « en oracle clair par un prêtre.

A Préneste, au sud-est du pays latin, la déesse Fortune se manifestait dans un temple très réputé. Elle répondait aux questions qui lui étaient posées par l'intermédiaire de sorts, plaquettes de bois sur lesquelles étaient gravés ses oracles, que les prêtres à son service interprétaient et explicitaient. La Sibylle de Cumes eut aussi une grande renommée : Virgile, au livre VI de l'Enéide, immortalisa cette « Voyante « qui prophétisait en langage sacré la haute destinée de Rome :


Sybille Chapelle Sixtine « Ainsi de son sanctuaire, la Sibylle de Cumes répand l'horreur sacrée de ses oracles ambigus et mugit dans son antre où la vérité s'enveloppe de l'ombre ».

Dans l'antiquité toujours , le tirage au sort, la cléromancie, fut l'une des méthodes divinatoires les plus utilisées. Comme tous les peuples, les Grecs pensaient que le mouvement provoqué par l'homme mais dirigé par le hasard ( kairos ) était révélateur et exprimait concrètement la volonté divine. Les objets utilisés pouvaient être des fèves noires ou blanches, des cailloux, des pierres, des flèches, des baguettes, des dés ou des tablettes de bois gravées de symboles. Selon Raymond Bloch ( la Divination dans l'antiquité, chez PUF ) les objets étaient jetés dans une urne, jetés sur une table, lancés dans un bassin, ou plus simplement choisis. Pour les Anciens, ce tirage avait une valeur religieuse et sacrée.

De la même manière, les hommes ont toujours voulu voir et comprendre des signes dans leur environnement. Ainsi, les phénomènes naturels comme la foudre, la pluie, le feu ou les tremblements de terre furent longtemps interprétés comme des manifestations du divin, des châtiments des dieux en colère. Par ailleurs, on chercha à lire dans le vol des oiseaux, les rêves, les entrailles et plus spécialement le foie, les viscères, les fumées, l'encens, les lignes de la main etc…


runes celtes Les Runes et les Celtes
Les Runes furent l'une de ces mancies étonnantes. Le mot gothique Runa signifie chose secrète, mystère. Bien avant que les peuples germaniques possèdent cette écriture , ils utilisaient comme toutes les civilisations , des pictogrammes , des figures symboliques sculptées dans la pierre, puis peintes ou gravées dans le bois. Ces signes dateraient de quelque treize cents ans avant notre ère ; ils étaient probablement reliés aux cultes de la fertilité et de la Grande Déesse , quoique certains aient été fortement influencés par le culte du Soleil. De nombreuses pierres runiques dressées sont encore visibles dans les îles Britanniques , en Allemagne et dans les pays scandinaves.

Les personnes qui possédaient l'art d'interpréter les Runes jouissaient d'un immense pouvoir. L'auteur anonyme de la Saga d'Erik le Rouge , écrite au XIIIe siècle , nous a laissé la description de l'une d'elles :

« Elle portait un manteau orné d'une bordure de pierreries. Elle était coiffée d'un capuchon bordé de peaux de chats blanches. D'une main, elle portait un bâton terminé par un pommeau, et à sa ceinture, qui retenait sa longue robe, pendait une bourse contenant des amulettes magiques. »

Le rituel des Runes a par ailleurs été décrit par Tacite qui, dans Germania, dépeint avec précision les coutumes des tribus germaniques vers l'an 98 avant JC :

« Ils accordent plus d'attention à la divination et aux tirages de sorts que tout autre peuple. Leur méthode de tirage de sorts est très simple : ils coupent une branche sur un arbre portant des fruits, la divisent en petits morceaux , sur lesquels ils gravent des marques distinctives ( notae ) , puis les éparpillent au hasard sur un linge blanc. Ensuite, le prêtre de leur communauté-si cela se passe en public – ou le père de famille – si cela se passe en famille – après avoir invoqué les dieux, le regard dirigé vers le ciel, ramasse trois morceaux, l'un après l'autre, puis annonce son interprétation des signes préalablement marqués »


Nostradamus NOSTRADAMUS
Michel de Nostre-Dame, dit Nostradamus ( qui signifie nous donnons ce qui est à nous ) , médecin et astrologue, naquit à Saint-Rémy ( 1503-1566). Il fut contraint de dissimuler ses prédictions dans des textes4 hermétiques appelés les Centuries , pour ne pas être inquiété, d'une part par ses concitoyens, qui avaient brûlé son effigie devant sa maison, d'autre part par les autorités religieuses, qui considéraient les maladies et les épidémies comme des punitions divines infligées à l'homme pour ses péchés, et qui accusaient de blasphèmes et de sorcelleries quiconque essayait de les enrayer.

Aujourd'hui encore, on essaie inlassablement de décrypter les prophéties de cet homme étonnant connu comme médecin et astrologue, mais qui fut également fabricant de crèmes de beauté, marchand d'orviétan, écrivain d'almanachs et spécialiste de confitures.

Un jour qu'il voyageait à dos de mulet sur le chemin d'Ancône, ce voyant célèbre croisa deux moines franciscains . Poussé par une force supérieure et – ou par une intuition fulgurante, il mit pied à terre et s'agenouilla devant le plus jeune , en lui disant : « je rends hommage au futur souverain pontife ». Pour toute réponse, le jeune moine qui s'appelait Felice Perreti, lui sourit d'un air incrédule. Pourtant quelques années plus tard, ce moine était élu Pape sous le nom de Sixte V.

Nostradamus fut très lié avec les familles royales et princières . Catherine de Médicis, épouse du roi Henri II , le consulta. Peu de temps auparavant, Nostradamus avait publié ses premières prophéties, dont l'une avait fait jaser le Tout Paris de l'époque et inquiété la souveraine :

Le Lyon jeune, le vieux surmontera En champ bellique par singulier duel ; Dans cage d'or les yeux lui crèvera Deux classes une, puis mourir, mort cruelle.

Catherine de Médicis fit venir Nostradamus à Paris ; elle fut impressionnée par ses pouvoirs et sentit en lui une force qu'elle ne sut expliquer. Trois ans plus tard, en juin 1559, un tournoi de trois jours était donné dans la capitale à l'occasion du mariage des deux filles du roi, Henri II. Le roi lui-même y prit part et, l'après-midi du troisième jour, il s'opposa au comte de Montgomery. Par deux fois, les deux hommes s'affrontèrent sans résultat ; mais la troisième fois, la lance de Montgoméry passa sous la visière de Henri II et lui transperça l'œil.


Mademoiselle LENORMAND Mademoiselle LENORMAND
Marie-Adélaïde Lenormand est née le 27 mai 1772, elle eut une enfance perturbée par le décès de son père . Dès l'âge de 14 ans, elle a des flashs très précis de certaines situations et ne se privent pas d'en faire profiter ses amies . Elle se passionne paur l'astrologie, la physiognomonie, science qui étudie les traits du visage, la cabale, la mythologie, Pythagore et la science des nombres. Emportée par son enthousiasme, elle partira à Londres pour rencontrer le fameux docteur Gall, spécialisé en phréonologie ou l'étude des crânes humains. Elle consulte très vite et devient une des voyantes les plus renommées de la capitale anglaise, sa renommée la conduit peu à peu vers la noblesse et surtout la famille royale. Elle devient la rédactrice en chef de la première revue d'astrologie et en quelques années devient une sommité de la voyance en Angleterre. Cependant Marie-Adélaïde s'ennuie et revient à Paris.

De retour dans la capitale, elle s'installe au 9 rue de Tournon, adresse oh combien célèbre et quasiment mythique pour des centaines de parisiens qui défileront dans l'appartement de Mademoiselle Lenormand.

Sa rencontre avec Robespierre, Saint-Just, Marat et les autres !
En mai 1793, Robespierre, très sensible aux arts divinatoires, s'était entiché d'une certaine Catherine Théot dont il voulait faire la mère de Dieu dans sa nouvelle religion. Marat désapprouvant le projet, conseille à Robespierre de rencontrer Mademoiselle Lenormand. Robespierre, Saint-Just et Marat lui demandent un rendez-vous . Voici la scène telle que notre voyante l'a narrée dans ses Souvenirs Prophétiques.

Elle bat les cartes, examine les trois hommes l'un après l'autre et refuse de s'exprimer.
« Nous avons l'âme forte, dit l'un d'eux. Quel que soit ton arrêt, nous l'entendrons sans sourciller.
- Monsieur, dit-elle à Marat, vous mourrez le premier.

Elle se tourne vers Saint-Just
- Vous le second , et vous le dernier, ajoute-t-elle en regardant Robespierre.
Les trois hommes se moquent et éclatent de rire :
- l'oracle se trompe, si nous devons mourir, nous mourrons tous les trois ensemble.
Ils mourront de la manière annoncée et dans l'ordre annoncé.

Le Directoire
Marie- Adélaïde consulte toujours rue de Tournon où l'on se presse avec délice pour la consulter : marc de café, marc de moka, blanc d'œuf battu, évocation des génies : tout le Directoire se presse chez elle dont Madame Récamier qui lui confie tous ses secrets amoureux.

Ce que l'on sait moins c'est que notre voyante est une grande curieuse, un défenseur intrépide de la cause féminine, ainsi elle crée un journal féminin : le Mot à l'oreille ou le Don Quichotte des Dames. Elle y parle de politique et, curieusement ne parle ni d'astrologie et ne fait aucune prédiction.

L'Empire
Joséphine de Beauharnais l'avait souvent consultée , mariée à Bonaparte elle continuera de plus belle. Ainsi Mademoiselle Lenormand lui annoncera une union difficile, son divorce et la triste fin de l'Empereur en exil. Le même Napoléon la fera mettre en prison plusieurs fois, elle sera toujours sauvée par Joséphine, fidèle à son amie et à ses dons hors du commun.

Le 29 mai 1814, jour de la Pentecôte, dans sa maison de campagne, une colombe entre par la fenêtre, se pose sur la table où elle travaille et s'envole : « j'ai perdu ma meilleure amie , dit-elle «

Elle part précipitamment à la Malmaison où elle trouve Joséphine morte.

La fin d'une vie bien remplie
En 1841, elle vit à Paris et rédige de multiples ouvrages, le monde entier connaît son nom et son célèbre jeu . Elle rédige ses mémoires, travaille à affiner son jeu de cartes qui prendra son nom, le jeu de Mademoiselle Lenormand, que de nombreux voyants utilisent encore de nos jours. En 1843, elle rêve de Sirius son étoile, elle sent la mort proche et travaille avec acharnement à finir ses ouvrages en cours, dont ses mémoires.

Elle s'éteindra le 25 juin 1843 après avoir donné de nombreux conseils à ses amis et à ses proches.


Belline Belline
Dès le début du 19e siècle, de nombreux jeux divinatoires font leur apparition comme l'oracle BELLINE qui dès 1845 défraie la chronique. Ce jeu est, paraît-il, extraordinaire, il donne des voyances justes avec des thèmes simples mais remplis comme le Tarot de Marseille d'une symbolique authentique . Son auteur, Edmond Belline, avait l'habitude de dire à ses consultants qu'outre la connaissance , son oracle donnait un bien précieux entre tous ; la confiance en soi ! Edmond Belline était un homme curieux de tout et, en premier, des lois de la nature qu'il étudiait depuis sa plus tendre enfance;

Son grand père, versé dans la botanique, les plantes et l'herboristerie était un homme féru de recettes plus ou moins magiques : ainsi Belline étudia très tôt l'astronomie, l'astrologie, les recettes naturelles pour soigner ou pour aider les belles à l'être encore plus. C'était un homme petit, mince et très vif. Il était Franc Maçon du Grand Orient de France et se passionnait pour la symbolique et toute forme de rituélie. Passionné d'astrologie, il était aussi passionné de cartes et de divination.

C'est ainsi qu'il créa son jeu, en prenant des symboles connus de tous ( la chouette, le bateau, la lune , le soleil, l'étoile, le coffre, la clé ) et qui évoquait en chacun des références, des réminiscences, des envies d'aller plus loin, de rêver, de partir sur un mot qui engendrait une image, une idée, une réflexion, une intuition, car Belline est le roi de l'intuition. Il répétait sans cesse à ses consultants que...
le mieux dans la vie est encore de s'écouter, d'écouter les avis des uns et des autres mais de toujours suivre les inclinaisons fortes et sensibles de son cœur, de ne jamais se forcer à faire quelque chose qui ne plaisait point, et de toujours aller au bout de ses convictions.

Claude Darche

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© Claude Darche 2008

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